Trop fréquemment, les jeunes filles et les jeunes femmes d'aujourd'hui considèrent que le combat féministe est dépassé, et que les acquis des droits des femmes ne peuvent pas être remis en cause. Quelle erreur ! Lorsque j'étais ministre de l'écologie et du développement durable, j'ai pu constater à quel point les chantres de la régression des droits des femmes - notamment sur la santé reproductive - étaient à l'œuvre au Sommet de la Terre à Johannesburg en 2002. En France, notamment dans le domaine professionnel, les inégalités subsistent et des études brillamment menées ne garantissent nullement une parité salariale ou un accès à des fonctions élevées dans la hiérarchie. Un révélateur de cet état de fait est la sempiternelle question posée aux femmes : comment parvenir à concilier vie professionnelle et vie familiale ? Dans un contexte de véritable égalité, cette question serait aussi légitimement posée aux hommes ! Elle recèle une culpabilisation sous-jacente qui n'est pas anodine. Enfin, beaucoup reste à faire pour lutter contre toutes les formes de violences faites aux femmes : mutilations sexuelles, viols, harcèlement, prostitution, violences domestiques…

Pour ma part, je suis convaincue que seules des actions volontaristes sont aptes à donner les véritables impulsions. Les voies vers l'égalité professionnelle par exemple sont nombreuses : il s'agit de casser le caractère encore trop sexué de l'orientation scolaire, d'améliorer la formation professionnelle, de diversifier les modes de garde - notamment en incitant les entreprises à la création de crèches - de briser le fameux "plafond de verre", etc. On trouve une bonne illustration de cet indispensable volontarisme dans la loi sur l'égalité salariale entre les hommes et les femmes : elle prévoit l'obligation pour les entreprises d'ici 5 ans, d'avoir au moins 20 % de femmes dans leur conseil d'administration. Un grand hebdomadaire national publie chaque semaine le staff dirigeant d'une entreprise française. Lorsqu'une femme y apparait, l'article de presse devient vraiment un "collector" ! On mesure donc l'ampleur de la tâche à accomplir. Les études montrent pourtant que la mixité dans les entreprises et les administrations profitent pleinement à celles-ci, en améliorant tant leur image que leurs performances sur le plan économique.



Je voudrais aussi dire un mot d'un sujet particulièrement grave : celui de la précarité des femmes, qui occupent, il faut le rappeler, 80 % des emplois à temps partiel et 80 % des emplois non qualifiés, représentent 80 % des salaires inférieurs ou égaux au SMIC, et constituent 80 % des familles monoparentales. Il faut agir en direction de ces femmes particulièrement fragilisées, et notamment les aider à retrouver des temps complets. Rappelons que le droit du travail prévoit que les salariés à temps partiel ont un accès prioritaire aux emplois à temps complet qui peuvent se créer ou se libérer dans l'entreprise, et que cette disposition mérite une meilleure application.



Le volontarisme, il est aussi à la base du combat paritaire que je mène, avec d'autres, depuis des années, et qui aujourd'hui, il faut s'en réjouir, bénéficie d'une très forte adhésion citoyenne. Un projet de loi récent en élargit d’ailleurs l’application, en prévoyant que la parité puisse dorénavant s'appliquer également dans les instances exécutives des communes et des régions.



Certains - certaines - considèrent le combat pour la parité en politique comme secondaire ou élitiste par rapport à d'autres domaines d'action, tel celui de l'égalité professionnelle. Je ne suis pas d'accord avec cela. D'abord, parce que c'est aussi grâce à la présence accrue des femmes en politique que vont se renouveler les idées, le débat, que vont progresser les droits et l'égalité. Jusqu’à alors, largement sous-représentées, les femmes n'ont parfois pas osé s'imposer, intériorisant ainsi une soit-disante infériorité qu'un contexte largement sexiste favorisait. J'ai par exemple toujours été surprise de constater que certaines élues rejetaient la féminisation de leur titre, comme quelque chose d'incongru ou d'anecdotique, alors que le langage est un profond révélateur des évolutions sociétales. Ensuite, la parité en politique a provoqué une levée d'inhibition : elle incite plus largement à l'égalité hommes-femmes dans tous les domaines de la vie, car elle lève les obstacles psychologiques de l'accès au pouvoir. Aux prochaines élections législatives, l'UMP va investir 30 % de femmes candidates et 50 % de femmes candidates ou suppléantes. C'est un gros progrès. On ne demande souvent mon avis sur la perspective d’une femme à la présidence de la République : je pense qu'une femme au plus haut poste de l'exécutif n'est pas significatif de l'état de féminisation d'une société. Il faut des femmes maires de grandes villes, et 280 femmes à l’Assemblée nationale : là sera la véritable évolution ! Dans un pays dont nos élites connaissent une profonde crise, les femmes sont à n’en pas douter un atout de réconciliation avec la politique.

La question des droits et de la place des femmes requiert donc une vigilance constante, et un positionnement résolument volontaire. L’UMP, sous l’impulsion de son président Nicolas Sarkozy, apporte une contribution substantielle à ce sujet, comme l’excellente convention sur les femmes a pu en témoigner, et ce sera à n’en pas douter un enjeu important dans la perspective des prochaines échéances qui vont nous rassembler.


Roselyne Bachelot, députée au Parlement européen, secrétaire générale adjointe de l’UMP